Histoire

article | Temps de Lecture4 min

Les statues-termes des 24 Jets

Seul programme sculpté conçu pour le domaine national de Saint-Cloud encore en place à l’heure actuelle, venez découvrir leur histoire.

L'histoire des statues-termes

Le décor sculpté de l’esplanade des Vingt-Quatre Jets n’est pas mentionné au début du XIXe siècle sous le Consulat et le Premier Empire. Sous Louis-Philippe, dans les années 1830, il est très important, puisque l'on fait venir la statuaire du Bosquet des Dômes de Versailles (14 statues, 2 paires de lion et 2 paires de vases). Louis Philippe fait également commander un décor de termes en pierre factice : 10 termes copiés sur les 4 saisons des Tuileries.

Sous Napoléon III, le décor de termes en pierre factice datant de Louis-Philippe s’est suffisamment dégradé pour qu’on décide de les remplacer en 1864. Un ensemble monumental de dix statues, dont huit subsistent, est commandé. C’est le seul décor spécifiquement créé pour Saint-Cloud et encore en place.

Geslin, inspecteur des Musées Impériaux, est chargé de définir le nouveau programme des 10 statues destinées à orner par paires l’entrée des 5 allées rayonnants autour de l’esplanade. Les sculpteurs doivent réaliser des œuvres illustrant les divinités de la mythologie romaine personnifiant la puissance, la majesté, la force, la beauté ou l’activité. L’allée centrale est réservée à Jupiter et à son pendant Neptune, tandis que les allées latérales secondaires sont dédiées à Bacchus et Hercule, Cérès et Junon, Vénus et Flore, Apollon et Mercure. La réalisation de chacune des statues est confiée à un artiste différent dont « le talent paraissait être en rapport avec la nature des sujets à traiter ».

Les sculpteurs choisis sont Daumas, Janson, Eude, Barre, Cugnot pour le côté Nord et Chambard, Prouha, Ottin, Protheau, Soitoux pour le côté Sud. Leur point commun est d’être tous des sculpteurs célèbres et reconnus au moment de la commande. 

Pour conserver l’unité de style et l’harmonie générale de l’ensemble, le principe de statues en gaine est conservé, chacune devant mesurer environ 3 mètres piédestal non compris. Aujourd'hui, deux statues sur les dix sont manquantes. Il s'agit côté Nord de la statue de Mercure par Eude et, côté Sud de Junon par Soitoux.

vue générale des 24 Jets

CMN/DNSC

Détail des œuvres

Côté Nord, de l’allée de Marne vers l’allée de la Félicité

Neptune, 1865 par Daumas

Bien qu'inspirée par la fougue romantique, la sculpture de Daumas n'arrive pas à s'extraire d'un certain académisme. La main droite tient un dauphin et la gauche tenait un trident aujourd’hui cassé. Neptune est représenté barbu, cheveux long. Des algues retiennent sa chevelure et forment comme une couronne sur sa tête. Une draperie repose sur son bras droit et pend à partir de sa taille pour cacher la jonction entre le buste et la gaine.  

Neptune

CMN/DNSC

Vénus, 1866 par Janson

Janson reçoit de nombreuses commandes de l’État et participe à la décoration de l’Opéra Garnier ou encore du palais du Louvre à Paris. Vénus est ici représentée en train de se coiffer, elle tient un miroir dans la main gauche. Un diadème et un collier complète sa parure. Le drapé de la déesse forme un nœud très esthétique, presque en bouton de rose (sa fleur emblématique) sur la gaine.

Vénus

CMN/DNSC

Flore, 1865 par Barre

À partir de 1835, Barre crée des portraits dont le genre familier et intimiste est ultérieurement repris par la photographie. Réalisant pour le roi Louis-Philippe Ier le gisant de sa mère la duchesse d'Orléans pour la chapelle royale de Dreux, sa renommée va croître sous le Second Empire. N'exécutant pas moins de 26 bustes de Napoléon III et de nombreuses effigies de l'impératrice Eugénie, il est, dans les années 1850, grâce à son talent habile et flatteur, le portraitiste favori de la cour impériale, dont il exécute également des portraits en médailles.

Il réalise quelques grandes commandes pour le musée historique de Versailles ainsi que des œuvres monumentales comme, en 1861, la statue de La Prudence pour la fontaine Saint-Michel de Paris. Au style romantique et vigoureux de ses œuvres de jeunesse, succède le charme décoratif raffiné des œuvres plus tardives de l'artiste qui évolue alors vers le classicisme dans ses commandes officielles.

C’est le cas de cette sculpture. La déesse est représentée une couronne de fleurs dans les cheveux. Elle porte également un bouquet dans la main droite et des fleurs dans la gauche. Son drapé ne découvre que le sein gauche et retombe en pli sur la gaine qu’il masque en grande partie.

Cérés

CMN/DNSC

Apollon, 1865 par Cugnot

Traitant de sujets allégoriques ou mythologiques, Louis-Léon Cugnot reçut des commandes pour le Palais de Justice de Paris, le Louvre, l’Opéra de Paris, l'Hôtel de Ville de Paris, en encore les églises de la Trinité et de la Sorbonne.

Apollon tient ici sa lyre de la main gauche, la droite est baissée et ouverte. Une couronne de laurier ceint ses cheveux et son drapé noué autour de sa taille bouillonne sur la gaine.

Apollon

CMN/DNSC

Côté Sud de l’allée de Marnes à l’allée de la Félicité

Jupiter, 1865 par Chambard

Chambard obtient le premier prix de Rome en 1837 et devient pensionnaire de la villa Médicis à Rome de 1838 à 1842. Il expose ses premières sculptures au Salon de 1841. De retour d'Italie, il obtient plusieurs commandes officielles, notamment pour le palais du Louvre. 

Jupiter lève son bras droit. La foudre repose sur son bras gauche. Une couronne végétale ceint sa lourde chevelure. Sa barbe est très décorative et la draperie repose en larges plis sur la gaine.

Jupiter

CMN/DNSC

Cérès, 1865 par Prouha

Pierre-Bernard Prouha débute à l'Exposition universelle de 1855 avec deux bustes. Il est l’auteur des 31 statues du portail et baldaquin de la cathédrale Sainte-Cécile d'Albi. 

Cérés porte ici ses attributs traditionnels : corne d’abondance dans la main droite, couronne de végétation et épis de blé dans la main gauche. Elle est vêtue d’un drapé qui retombe en plis sur la gaine.

Cérés

CMN/DNSC

Hercule, 1866 par Ottin

Auguste Ottin obtient, conjointement avec Jean-Marie Bonnassieux, le second grand prix de Rome en sculpture de 1836. Le sculpteur part alors pour cinq ans à Rome comme pensionnaire de la villa Médicis. Son parcours, jalonné de récompenses, lui ouvre la porte des commandes d'État et lui assure la célébrité. Ottin a travaillé dans tous les courants de son époque, à l'aise aussi bien dans le romantisme que dans le style éclectique avec des commandes d'État, ou en recourant aux allégories.

Hercule est reconnaissable à sa massue qu'il brandit de sa main droite et pose sur son épaule gauche. Son bras gauche soutient la léonte (peau du lion de Némée vaincu lors de ses 12 travaux). La gueule du lion repose sur la tête du demi-dieu tandis que les pattes arrières et la queue se rejoignent pour former le nœud de la tunique et reposer de façon parfaitement agencé au centre de la gaine.

Hercule

CMN/DNSC

Bacchus, 1865 par Protheau

François Protheau est artiste distingué par l’Empereur et l’Impératrice qui lui achètent plusieurs de ses œuvres. Une de ses sculptures est également présentée à l'Exposition universelle de 1855 et à l'Exposition centennale de l'art français en 1900.

Bacchus est vêtu d’une tunique à la grecque recouverte d’une nébride (peau de panthère). Il tient dans sa main gauche son thyrse (sceptre surmonté d’une pomme de pin) et dans la main droite un rhyton (vase à boire antique en forme de tête de bélier). Ses cheveux sont ornés de pampres de vignes et de grappes de raisins.

Bacchus

CMN/DNSC

Le dossier thématique

Parcours: Les sculptures

Dossier | 9 contenus