Attention
En raison de la manifestation Contes et histoires, le musée historique sera fermé du 24 décembre 2018 au 10 janvier 2019

Histoire du domaine

Situé à l’Ouest de Paris en bordure de Seine et à flanc de coteau, le domaine qui s’étend sur 460 hectares, bénéficie d’un cadre exceptionnel aux portes de la capitale. Villégiature de prédilection des familles princières, royales et impériales régnantes au fil des siècles, le domaine national de Saint-Cloud reste encore aujourd’hui marqué par les grands faits historiques qui s’y sont déroulés…

L'origine du domaine

L’histoire du domaine débute en 1577, lorsque Catherine de Médicis fait l’acquisition de l’Hôtel d’Aulnay sur les hauteurs de Saint-Cloud. Elle en fait don à l’un de ses fidèles écuyers, Jérôme de Gondi, banquier italien issu, tout comme elle, d’une grande famille de Florence. Ce dernier y fait bâtir une maison de plaisance sur le modèle de la Renaissance italienne, entourée de jardins en terrasses, ponctués de bassins et statues.

 

C’est ici que le roi Henri III s’installe en 1589 durant les guerres de religion, opposant catholiques et protestants, afin de préparer le siège de Paris, alors occupé par la Ligue catholique. Le 1er août de cette même année, il meurt assassiné par le moine ligueur Jacques Clément, qui le poignarde. Avant de mourir, il aura le temps de désigner son successeur : Henri de Navarre, le futur roi Henri IV.

Lorsque Jean-François de Gondi, premier archevêque de Paris, fait l’acquisition de la propriété en 1625, la maison n’est pas sa priorité. Le nouvel acquéreur reporte tous ses efforts sur les jardins en terrasses, célèbres à l’époque pour leurs grottes et  jeux d’eau, dont les deux attractions principales sont la « Grotte du Parnasse » et le bassin du « Grand jet ».

 

À la mort de l’archevêque en 1654, ses héritiers vendent le domaine à Barthélemy Hervart, banquier d’origine allemande et intendant aux finances du roi Louis XIV. Hervart agrandit la maison et développe les jeux d’eau en améliorant le réseau hydraulique du domaine. Ainsi embellie, la propriété ne manque pas d’attiser les convoitises. En particulier celle du roi, qui le 25 octobre 1658 avec l’aide de son premier ministre, le Cardinal Mazarin, contraint son intendant aux finances à lui vendre le domaine de Saint-Cloud.

Un palais princier

Louis XIV offre le domaine à son frère unique, Philippe d’Orléans, alors duc d’Anjou et futur duc d’Orléans ; plus connu sous le nom de Monsieur. C’est sous Monsieur que le domaine connaît sa plus grande métamorphose, avec l’agrandissement du parc, qui passe d’une dizaine d’hectares à plus de 460, suite à différentes campagnes d’acquisitions.

 

Mais surtout, c’est sous son impulsion qu’est bâti le premier château de Saint-Cloud à partir de l’ancienne demeure des Gondi, entre 1676 et 1678. Pour bâtir la résidence princière à la hauteur de son rang, Monsieur fait appel aux plus grands artistes et architectes de l’époque. L’architecte Antoine Le Pautre et l’entrepreneur en bâtiments Jean Girard seront appelés pour l’édification du château, construit sur un plan en U autour d’une cour d’honneur et tourné vers la Seine. Pour les décors intérieurs, il fera appel, entre autre, au peintre Pierre Mignard, préféré à Charles Le Brun, qui avait les faveurs de son frère, Louis XIV. Il fait bâtir simultanément la Grande Cascade sur les bords du fleuve, afin d'impressionner ses visiteurs. Quant aux jardins, Monsieur confie leur aménagement au Jardinier du Roi, André Le Nôtre, virtuose du jardin à la française. Les façades du château et la cascade sont remaniés quelques années plus tard par Jules Hardouin-Mansart, surintendant des bâtiments du Roi.

  

La résidence d'été des souverains

La demeure passe de père en fils au sein de la famille, jusqu’à Louis-Philippe d’Orléans, arrière-petit-fils de Monsieur, qui cède officiellement le domaine à la reine Marie-Antoinette, le 20 février 1785. La reine, qui pense un temps faire reconstruire entièrement le château, se ravise et entreprend une grande campagne de travaux et d’agrandissements, réalisés par son architecte favori, Richard Mique. Durant l'été 1789, la Révolution éclate à Paris ! Le domaine de Saint-Cloud survit aux affres de la Révolution en intégrant la liste civile du Roi, comme résidence d'été officielle de la famille royale au sein de la nouvelle monarchie constitutionnelle. 

Après  la prise de la Bastille, le domaine endormi, renoue avec l’Histoire, lorsque Napoléon Bonaparte organise son coup d’État du 18 Brumaire dans l’Orangerie du château.

  

C’est également à Saint-Cloud, au sein de la galerie d’Apollon, qu’il se fait désigner empereur par ses pairs le 18 mai 1804 ; et dans cette même galerie qu’il célèbre son mariage civil avec sa seconde épouse, Marie-Louise d’Autriche, le 1er avril 1810.

Après la chute de l’Empire, les abeilles et l’aigle impérial disparaissent des décors du château pour laisser de nouveau place aux fleurs de lys en 1815, à l’occasion de la Restauration et de l’arrivée sur le trône de France du roi Louis XVIII, frère du défunt Louis XVI. De Louis XVIII à Louis-Philippe Ier, en passant par Charles X, le château verra passer les différentes familles royales, pour leurs séjours dans l’une de leurs résidences d’été préférées.

Suite à la chute de Louis-Philippe Ier et l’avènement de la Deuxième République, le domaine de Saint-Cloud sorti à nouveau indemne de la Révolution de 1848. Le château reste d’ailleurs peu de temps inoccupé, avec les séjours récurrents du prince Louis-Napoléon Bonaparte, neveu de Napoléon Ier. Tout d’abord élu premier Président de la République au suffrage universel masculin, Louis-Napoléon Bonaparte est proclamé empereur des français le 7 novembre 1852 dans la galerie d’Apollon, tout comme son oncle quarante ans plus tôt.

 

Un palais disparu

Malheureusement, c’est également à Saint-Cloud que ce dernier signe la déclaration de guerre à la Prusse, le 17 juillet 1870. Sans le savoir, Napoléon III sonne le glas de cette demeure tant appréciée… Le château qui avait survécu jusqu’alors à plusieurs conflits et insurrections populaires, est bombardé lors des affrontements opposant les soldats français basés au Mont-Valérien et les soldats prussiens occupant le domaine de Saint-Cloud. Du château, il n’en reste que des ruines fumantes après 48 heures d’un incendie ravageur.

 

Durant l'espace d'une vingtaine d'années, les ruines du château sont un lieu de pèlerinage pour têtes couronnées et artistes en quête d'inspiration romantique. Mais 21 ans après son incendie, la IIIème République met un point final à l'histoire du château. Par soucis d'économie et pour faire table rase d'un passé royaliste et impérial encore trop présent pour cette république naissante, le gouvernement ordonne la démolition des ruines en 1891.

  

Les vicissitudes du domaine ne s’arrêtent pourtant pas là. Durant la Seconde Guerre mondiale sous l'Occupation allemande, Saint-Cloud devient une place stratégique pour la Wehrmacht. En raison de sa position élevée en surplomb de la capitale, les allemands font construire des miradors sur le Rond de la Balustrade, des batteries anti-aériennes sur le plateau de la Brosse et plusieurs bunkers et fortifications autour du jardin du Trocadéro.

Après la Grande Cascade et le bassin carré du Grand Jet en 1900, l'ensemble du domaine est classé monument historique le 9 novembre 1994. Depuis le décret de la Convention nationale du 5 mai 1794, le domaine national de Saint-Cloud est propriété de l'État. Sa gestion est confiée au Centre des monuments nationaux, qui fait perdurer les engagements pris par le décret révolutionnaire de 1794, à travers ses missions d'entretien, de conservation et d'ouverture du domaine tout au long de l'année.